Le Sénégal au cœur de la CEDEAO : un double succès diplomatique pour reconstruire l’unité géopolitique de l’Afrique de l’Ouest. Par Dr Seydou KANTE
Un retour historique du Sénégal au centre de la gouvernance régionale
La désignation du Président Bassirou Diomaye Faye à la présidence en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, suivie de la nomination du Général Birame Diop à la présidence de la Commission de l’organisation, constitue incontestablement l’un des plus importants succès diplomatiques du Sénégal de ces dernières années. Pour la première fois depuis longtemps, le Sénégal exerce simultanément la direction politique et exécutive de la principale organisation régionale d’Afrique de l’Ouest. Cette double responsabilité intervient à un moment particulièrement critique où la CEDEAO traverse la plus grave crise de son histoire depuis sa création en 1975.
Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger, désormais réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), la progression du terrorisme, les transitions politiques, les tensions géopolitiques et la remise en cause de l’efficacité des institutions régionales imposent une profonde recomposition de l’espace ouest-africain. Malgré cette crise, la CEDEAO demeure un acteur incontournable avec 12 États membres, près de 350 millions d’habitants et un PIB cumulé estimé à près de 700 milliards de dollars.
Une reconnaissance de la crédibilité diplomatique du Sénégal
Au-delà des personnalités élues, ces désignations traduisent la confiance accordée au Sénégal par ses partenaires régionaux. Depuis son indépendance, le pays s’est construit une réputation de stabilité institutionnelle, de dialogue politique et de médiation dans les crises africaines. Cette tradition diplomatique est aujourd’hui remise au premier plan.
Le Président Bassirou Diomaye Faye incarne désormais la direction politique de l’organisation, tandis que le Général Birame Diop assurera sa conduite administrative et opérationnelle. Cette complémentarité offre au Sénégal une capacité d’impulsion rarement observée dans l’histoire récente de la CEDEAO.
Bassirou Diomaye Faye : une présidence politique au service du dialogue régional
L’élection du Président Bassirou Diomaye Faye à la présidence en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO constitue une reconnaissance de la crédibilité diplomatique retrouvée du Sénégal. Dans un contexte marqué par les fractures régionales, son accession à cette fonction stratégique traduit la confiance de ses pairs dans la capacité de Dakar à favoriser le dialogue et à rapprocher des positions souvent divergentes. Dès sa prise de fonction, le chef de l’État sénégalais a défendu une approche fondée sur l’écoute, la concertation et le pragmatisme, notamment dans les relations avec les États de l’Alliance des États du Sahel (AES). Sans remettre en cause les principes de la CEDEAO, il privilégie une diplomatie de l’apaisement, convaincu que les défis sécuritaires, économiques et migratoires imposent le maintien de passerelles de coopération entre tous les États ouest-africains.
Sa présidence intervient également à un moment où la CEDEAO doit engager une profonde réforme de sa gouvernance, renforcer son autonomie financière et restaurer sa crédibilité auprès des populations. En plaçant le dialogue au cœur de son action, Bassirou Diomaye Faye entend redonner un nouvel élan au projet d’intégration régionale.
Le Général Birame Diop : un profil international au service de la CEDEAO
La nomination du Général Birame Diop apparaît comme un choix particulièrement stratégique. Ancien Chef d’état-major général des Armées du Sénégal, ancien Conseiller militaire du Secrétaire général des Nations unies puis ministre des Forces armées, il possède une double expérience militaire et diplomatique particulièrement adaptée aux défis actuels de la région.
Son parcours aux Nations unies lui confère une connaissance approfondie des opérations de maintien de la paix, de la prévention des conflits, de la gouvernance internationale et de la coopération multilatérale. Il dispose également d’un important réseau diplomatique qui pourra contribuer à renforcer les relations entre la CEDEAO, l’Union africaine, les Nations unies ainsi que les principaux partenaires internationaux.
Dans une organisation confrontée à une crise de confiance, cette crédibilité internationale constitue un atout majeur.
Restaurer le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel
Le principal défi du tandem sénégalais sera de préserver les liens entre la CEDEAO et les trois pays de l’AES. Si un retour rapide du Mali, du Burkina Faso et du Niger apparaît aujourd’hui peu probable, la géographie impose néanmoins le maintien d’une coopération.
Les trois États sahéliens regroupent près de 75 millions d’habitants sur plus de 2,7 millions de km² et demeurent fortement dépendants des corridors reliant leurs capitales aux ports de Dakar, d’Abidjan, de Lomé ou encore de Tema.
Les échanges commerciaux, les migrations, les flux énergétiques et les questions sécuritaires continuent ainsi de faire de l’Afrique de l’Ouest un espace profondément interdépendant.
La diplomatie sénégalaise pourrait favoriser une approche pragmatique fondée sur des accords sectoriels dans les domaines des transports, du commerce, de l’énergie, de la mobilité ou encore de la lutte contre le terrorisme, sans conditionner ces coopérations à une réintégration immédiate de l’AES.
La sécurité régionale comme priorité stratégique
Le terrorisme demeure aujourd’hui la principale menace pour la stabilité régionale.
Selon le Global Terrorism Index 2025, le Sahel concentre désormais plus de 50 % des décès liés au terrorisme dans le monde, illustrant le déplacement du centre mondial de cette menace vers l’Afrique de l’Ouest.
En appelant à l’opérationnalisation de la Force régionale de lutte contre le terrorisme, le Président Bassirou Diomaye Faye a fixé une priorité stratégique.
Cette force, estimée à environ 5 000 hommes pour un coût annuel évalué à 2,6 milliards de dollars, ne pourra cependant produire des résultats qu’à travers un meilleur partage du renseignement, des financements pérennes et une véritable coordination entre les États.
L’expérience du Général Birame Diop dans les opérations internationales de paix pourra constituer un levier important pour renforcer cette coopération sécuritaire.
Relancer l’intégration économique régionale
La CEDEAO reste avant tout une communauté économique. Pourtant, le commerce intrarégional représente encore moins de 15 % des échanges commerciaux des États membres, contre près de 60 % au sein de l’Union européenne.
Le renforcement des corridors routiers et ferroviaires, des interconnexions énergétiques, des infrastructures numériques ainsi que des chaînes de valeur régionales constituera un enjeu essentiel du mandat sénégalais. Cette dynamique apparaît indispensable dans le contexte de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) qui rassemble 54 pays et plus de 1,4 milliard d’habitants.
Une opportunité géoéconomique pour le Sénégal
Cette nouvelle position institutionnelle renforce également les ambitions économiques du Sénégal. Le Port autonome de Dakar, principal débouché maritime du Mali, le futur port en eau profonde de Ndayane, ainsi que l’exploitation des gisements pétroliers et gaziers de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim (GTA) confortent progressivement le pays comme futur hub logistique, énergétique et commercial de l’Afrique de l’Ouest.
Cette visibilité diplomatique pourrait également favoriser l’attractivité du Sénégal auprès des investisseurs internationaux tout en soutenant l’expansion des entreprises sénégalaises dans la sous-région.
Réformer la CEDEAO pour restaurer sa crédibilité
Au-delà des crises immédiates, la CEDEAO devra engager une réforme profonde de sa gouvernance. L’organisation devra renforcer son autonomie financière, améliorer son efficacité institutionnelle et reconstruire sa légitimité politique auprès des populations.
Elle devra également trouver un nouvel équilibre entre la défense des principes démocratiques, le respect de la souveraineté des États et la recherche permanente du dialogue politique.
Avec 350 millions d’habitants, un marché régional de près de 700 milliards de dollars et des ressources stratégiques considérables, l’Afrique de l’Ouest demeure l’un des principaux espaces géopolitiques du continent.
Un double succès diplomatique porteur d’espoir
L’élection du Président Bassirou Diomaye Faye à la tête de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement et la nomination du Général Birame Diop à la présidence de la Commission constituent bien davantage qu’une simple alternance institutionnelle.
Elles traduisent le retour du Sénégal comme acteur majeur de la diplomatie ouest-africaine et confirment la confiance dont bénéficie le pays auprès de ses partenaires.
Cette concentration exceptionnelle des responsabilités offre au Sénégal une occasion historique de contribuer à la reconstruction de l’espace régional, de promouvoir une diplomatie du dialogue et de redonner à la CEDEAO son rôle de moteur de l’intégration, de la paix et du développement en Afrique de l’Ouest.
Le succès de cette nouvelle séquence dépendra désormais de la capacité des dirigeants ouest-africains à dépasser leurs divergences afin de bâtir une communauté plus résiliente, plus solidaire et davantage adaptée aux défis géopolitiques du XXIᵉ siècle.
Dr Seydou KANTE
Docteur en géopolitique et géographie politique/ MBA
Chercheur, auteur et consultant international
Fondateur de l’Institut Africain de Géopolitique et de Géostratégie (IAGEO)
Email : seydoo@hotmail.com
- Par La rédaction
- 20 juillet 2026

