L’ordre mondial américain « a perdu pied », selon Martin Wolf (Financial Times)

L’ordre mondial américain « a perdu pied », selon Martin Wolf (Financial Times)

L’influence acquise par les États-Unis sur les relations internationales au cours des années d’après-guerre s’affaiblit et l’ordre mondial américain « a perdu pied ». C’est ce qu’estime Martin Wolf, chroniqueur en chef du Financial Times, dans une analyse publiée le 1er septembre 2026.

En l’espace de deux semaines seulement, l’administration Trump a enchaîné les coups de force : réduction significative des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, lancement de « l’Operation Economic Outcast » contre l’Iran, échec des négociations commerciales avec le Canada et annonce d’un accord pétrolier majeur au Venezuela .

Ce comportement n’est pas surprenant en soi, mais il révèle la vision du monde de Donald Trump. « C’est un monde où les États-Unis n’ont pas d’alliés mais des satellites ; un monde où ils peuvent faire ce qu’ils veulent, quand ils veulent et avec qui ils veulent ; un monde où seule la force compte et, surtout, un monde où les États-Unis croient qu’ils sont les seuls à disposer de cette force, concentrée entre les mains d’un seul homme qui, ce n’est pas un hasard, se comporte comme une brute », écrit le journaliste .

Wolf oppose cette vision à l’héritage de l’après-guerre. En 1969, Dean Acheson, secrétaire d’État du président Truman, publiait « Present at the Creation », décrivant l’ambition américaine de créer « une demi-monde libre » sans faire sauter la planète. Cette stratégie a permis de gagner la guerre froide. Aujourd’hui, Wolf estime que Trump est « présent à la destruction » .

Le chroniqueur souligne les dangers de cette approche. La réduction des exercices avec la Corée du Sud, justifiée par la « très bonne relation » de Trump avec Kim Jong-un, affaiblit un allié de longue date face au régime le plus totalitaire au monde . La guerre commerciale contre le Canada est qualifiée d’« ahurissante », reposant sur trois convictions caractéristiques de Trump : le Canada n’est pas un pays souverain, l’excédent commercial est un vol, et les changements constants de politique commerciale n’ont aucun coût . L’accord pétrolier vénézuélien est décrit comme un « exemple classique de colonialisme du XIXe siècle » .

Wolf conclut que ce chaos n’est pas un accident mais une opportunité pour celui qui le provoque. « Pour Trump, le chaos n’est pas un problème, mais une opportunité. Il l’adore » . Le monde entre dans une ère imprévisible, sans loi, où l’ordre établi depuis 1945 est en train de s’effondrer .

EL IBRAHIMA FAYE