Sénégal-FMI : le choix de la responsabilité pour restaurer la confiance et préserver l’avenir. Par Dr Seydou Kanté
Sénégal-FMI : le choix de la responsabilité pour restaurer la confiance et préserver l’avenir par Dr Seydou Kanté
L’accord intervenu entre le Sénégal et les services du Fonds monétaire international constitue une étape majeure dans le processus de redressement économique et financier engagé par les nouvelles autorités. Après plusieurs mois de discussions et dans un contexte marqué par la révélation de graves déséquilibres dans les finances publiques, Dakar et le FMI sont parvenus, le 1er septembre 2026, à un accord au niveau des services portant sur un programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, soit environ 1 245 milliards de FCFA au taux de change actuel. L’accord doit désormais être approuvé par la direction et le Conseil d’administration du FMI.
Au-delà de son montant, cette annonce doit être appréciée pour ce qu’elle représente politiquement et géopolitiquement : le retour progressif du Sénégal dans un cycle de confiance avec les grandes institutions financières internationales et ses partenaires au développement.
Une décision de responsabilité face à une situation exceptionnelle
Il faut replacer cet accord dans son contexte.
Les autorités issues de l’alternance de 2024 ont fait le choix de révéler l’état réel des finances publiques et l’existence d’engagements qui n’avaient pas été correctement déclarés. Cette transparence a eu un coût immédiat : suspension du précédent programme avec le FMI, dégradation de la notation souveraine, augmentation du coût du financement et réduction des marges budgétaires de l’État.
Mais la transparence financière est aussi un investissement dans la crédibilité d’un État. Le FMI lui-même a salué la volonté des autorités sénégalaises de faire la lumière sur les problèmes de déclaration de la dette et les réformes engagées pour renforcer la surveillance et la transparence budgétaires.
Dans ces conditions, parvenir à un nouvel accord après une période aussi difficile constitue une avancée significative. Le Sénégal a choisi de regarder la réalité financière en face plutôt que de la différer. C’est un choix de responsabilité.
Il convient, à cet égard, de saluer la démarche du Président Bassirou Diomaye Faye, dont l’engagement en faveur du rétablissement de la confiance avec les partenaires financiers internationaux trouve dans cet accord une traduction concrète. En privilégiant le dialogue, la responsabilité budgétaire et la défense des intérêts stratégiques du Sénégal, le Chef de l’État a fait le choix du pragmatisme au service du redressement économique du pays. L’accord obtenu avec les services du FMI constitue ainsi une avancée majeure : il contribue à restaurer la crédibilité de la signature du Sénégal, à rouvrir des perspectives de financement et à renforcer les marges nécessaires à la mise en œuvre des ambitions nationales de développement. Cette démarche mérite d’être saluée comme l’expression d’un leadership qui conjugue souveraineté, responsabilité et réalisme économique.
1 245 milliards de FCFA, mais surtout un retour de la confiance
L’importance du programme ne doit pas être appréciée uniquement à travers les 2,2 milliards de dollars envisagés.
Dans les relations financières internationales, un accord avec le FMI joue également un rôle de signal de confiance. Le Fonds indique lui-même que le programme devrait contribuer à mobiliser des financements supplémentaires de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d’autres partenaires au développement.
C’est probablement l’un des aspects les plus stratégiques de l’accord.
Après une période durant laquelle le Sénégal a dû davantage solliciter le marché financier régional pour répondre à ses besoins de financement, le rétablissement d’un cadre de coopération avec le FMI peut progressivement contribuer à élargir les possibilités de financement du pays.
La question dépasse donc largement le FMI : il s’agit de restaurer la signature du Sénégal. Pour un pays qui ambitionne de financer des infrastructures, de transformer son économie et d’attirer davantage d’investissements privés, la crédibilité financière constitue désormais un élément de puissance.
Une économie sénégalaise qui conserve des fondamentaux solides
Il faut également éviter que la question de la dette occulte les capacités de résilience de l’économie sénégalaise. Selon le FMI, le Sénégal a enregistré une croissance de 6,7 % en 2025, notamment grâce à la première année complète de production pétrolière. L’inflation est demeurée contenue à 1,4 %. Plus significatif encore, la croissance hors hydrocarbures, qui avait ralenti en 2025, a rebondi à 4,7 % en glissement annuel au premier trimestre 2026.
Le pays dispose d’atouts structurels importants : sa position géographique sur la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest, son appartenance à l’UEMOA, ses infrastructures, son capital humain, ses nouvelles ressources pétrolières et gazières et sa tradition d’ouverture internationale. La crise de la dette ne doit donc pas conduire à sous-estimer ces fondamentaux. L’enjeu consiste précisément à transformer ces potentialités en capacité durable de création de richesses.
Le traitement de la dette : une décision souveraine
L’autre décision importante annoncée simultanément est le lancement par le gouvernement du Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS).
Le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan présente ce mécanisme comme une initiative souveraine conçue et portée par les autorités sénégalaises. L’objectif est de retrouver une trajectoire soutenable afin que le poids du service de la dette ne réduise pas durablement les capacités d’investissement et d’action publique de l’État.
Cette dimension mérite d’être soulignée. La souveraineté économique ne consiste pas à nier les contraintes financières. Elle consiste à retrouver les moyens de choisir.
Lorsqu’une part croissante des ressources publiques est absorbée par le remboursement et le refinancement de la dette, les marges permettant de financer l’éducation, la santé, les infrastructures, l’emploi des jeunes, l’agriculture ou l’industrialisation se réduisent mécaniquement.
Traiter le problème de la dette aujourd’hui peut donc être le moyen de retrouver davantage de souveraineté budgétaire demain.
Protéger les populations tout en assainissant les finances publiques
L’un des éléments encourageants du futur programme réside également dans la place accordée à la dimension sociale.
Les réformes envisagées doivent permettre de restaurer la viabilité des finances publiques tout en protégeant les ménages vulnérables. Le programme prévoit notamment le renforcement des filets de protection sociale et des transferts monétaires ciblés, parallèlement à une meilleure mobilisation des recettes et à une rationalisation des dépenses publiques.
C’est essentiel. L’assainissement des finances publiques ne peut réussir durablement s’il est perçu comme une politique conduite contre les populations. La consolidation budgétaire doit au contraire permettre de retrouver progressivement des capacités d’intervention en faveur des priorités nationales.
L’enjeu sera donc de maintenir cet équilibre entre rigueur budgétaire, justice sociale et investissement productif.
Transformer la transparence en avantage géopolitique
Il existe enfin une dimension moins visible mais fondamentale : celle de la réputation internationale du Sénégal.
Dans un monde où les États africains sont en concurrence pour attirer les investissements, mobiliser des financements et développer des partenariats stratégiques, la transparence des finances publiques devient un élément de compétitivité internationale.
En révélant les déséquilibres hérités, puis en engageant les corrections nécessaires, les autorités sénégalaises ont pris un risque politique. Mais elles peuvent aujourd’hui transformer cette épreuve en opportunité : celle de reconstruire les finances publiques sur des bases plus transparentes.
Le passage du déficit budgétaire de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025, annoncé par le ministère des Finances, montre que des efforts importants ont déjà été engagés.
Le Sénégal choisit de reprendre la maîtrise de sa trajectoire
L’accord conclu avec les services du FMI ne règle évidemment pas toutes les difficultés. Des conditions restent à satisfaire avant l’approbation définitive du programme et le traitement de la dette constituera un chantier complexe.
Mais l’essentiel est ailleurs : le Sénégal sort progressivement d’une période d’incertitude pour entrer dans une phase de clarification et de reconstruction de sa crédibilité financière.
Le programme de 2,2 milliards de dollars constitue à cet égard un signal fort. Plus encore que les ressources financières qu’il pourrait apporter, il peut contribuer à rétablir la confiance des partenaires, à faciliter la mobilisation d’autres financements et à redonner progressivement à l’État des marges pour soutenir l’investissement et le développement.
Dans la compétition économique mondiale, la souveraineté ne se proclame pas seulement. Elle se construit par la maîtrise de ses finances, la transparence de ses institutions, la crédibilité de sa parole et la capacité d’un État à financer ses propres priorités.
C’est sous cet angle qu’il faut saluer l’étape franchie le 1er septembre 2026 et la démarche engagée sous l’impulsion du Président Bassirou Diomaye Faye : non comme un renoncement à la souveraineté, mais comme un choix de responsabilité destiné à en reconstruire durablement les fondements économiques.
Dr Seydou Kanté
Géopolitologue, consultant international, chercheur, auteur et analyste
Fondateur de l’Institut Africain de Géopolitique et de Géostratégie (IAGEO)
Email : seydoo@hotmail.com
- Par La rédaction
- 1er septembre 2026

